Depuis 2024, je porte avec mon association Kipepeo Films, ainsi qu’avec nos partenaires togolais et français — Le Cinéma Parle, le Centre Emergence Films et le Cinéma Numérique Ambulant Togo — un projet qui me tient profondément à cœur : rendre le cinéma africain accessible aux personnes déficientes visuelles.
Ce projet a donné naissance à deux innovations majeures.
D’abord, nous avons organisé la première projection audiodécrite en Afrique subsaharienne, permettant à de jeunes aveugles et malvoyants d’aller au cinéma et de partager une séance avec tous les autres spectateurs.
Ensuite, cette audiodescription est issue d’un processus unique : elle a été écrite et enregistrée par de jeunes déficients visuels eux-mêmes, accompagnés par des professionnels du cinéma togolais et français lors d’un atelier de co-création.
Si nous menons cette initiative, c’est avec l’espoir profond que l’Afrique de l’Ouest s’appropriera pleinement l’audiodescription et offrira à chacun — avec ou sans handicap — la possibilité d’aller au cinéma, de découvrir, comprendre et aimer les chefs-d’œuvre des cinémas d’Afrique.


Le projet en détail
En 2024, nous avons travaillé avec des jeunes du Centre pour aveugles et malvoyants de Kpalimé. L’envie était simple : leur offrir un espace pour raconter leurs histoires, leurs rêves, leur manière de percevoir le monde. De cette rencontre est né Au-delà des ombres, un film sensible, porté par leurs voix, qui a ensuite été projeté au Togo puis en France.
L’année suivante, nous avons prolongé cette aventure en explorant l’audiodescription. Ensemble, nous avons écrit et enregistré, en éwé et en français, des versions audiodécrites d’un extrait du film La Petite Vendeuse de soleil, de Djibril Diop Mambety. Ce travail a ouvert de nouvelles perspectives : rendre les œuvres accessibles, bien sûr, mais aussi inventer d’autres façons de raconter.
Le projet a également été un espace de transmission. De jeunes cinéastes, ingénieurs du son et réalisateurs·rices togolais ont pu découvrir les pratiques inclusives, accompagnés par des professionnels togolais et français. À travers les ateliers et les échanges, des compétences se développent, des envies naissent, et peu à peu un réseau local prend forme pour faire vivre ces pratiques sur le long terme.
Les films ne restent pas confinés à l’atelier. Ils circulent, rencontrent des publics, ouvrent des discussions. Présentés notamment lors du Festival Emergence, ils continueront d’être diffusés dans de nombreux villages grâce au Cinéma Numérique Ambulant Togo. Chaque projection devient un moment de partage, où l’on questionne notre rapport aux images et à l’accès à la culture.
Ce projet tisse des liens entre jeunes, professionnels, communautés et spectateurs. Il m’a surtout appris que l’audiodescription n’est pas seulement un outil technique : c’est une autre manière de créer, de transmettre et de faire circuler les histoires.
La suite s’inscrit dans cette continuité : former davantage, créer davantage, diffuser davantage… et continuer à faire découvrir les cinémas d’Afrique.
Comme l’a dit Germain, l’un des participants :
« Le cinéma n’est pas réservé aux personnes valides. Il est maintenant aussi réservé à nous. »